Pourquoi je ne montre pas le visage de mon bébé sur les réseaux sociaux

bébé imaginaire

Avant même que ma fille naisse, nous avions pris une décision simple : nous ne montrerions pas son visage sur les réseaux sociaux.

Et pourtant, croyez-moi, ce n’est pas parce que je n’en ai pas envie.

Au contraire.

Je suis complètement gaga de cette petite fille. Je la trouve magnifique, drôle, attendrissante, fascinante. Je pourrais probablement passer ma journée à montrer des photos d’elle à qui veut bien les regarder. Et il m’est arrivé de prendre une photo que je trouvais absolument adorable, d’ouvrir Instagram avec l’envie de la publier… puis de me raviser.

Parce que derrière l’envie très naturelle de partager son bonheur, il y a une autre réflexion : quelle place ai-je envie de laisser à ma fille sur Internet avant même qu’elle puisse choisir elle-même ?

Et c’est finalement cette question qui m’a poussée à ne pas montrer son visage publiquement.

L’envie de partager est pourtant bien là

Je comprends parfaitement les parents qui partagent les photos de leurs enfants. Et cet article n’est surtout pas là pour leur dire qu’ils font mal.

Chacun fait ses propres choix, selon sa sensibilité, son rapport aux réseaux sociaux, son entourage et les précautions qu’il souhaite prendre. Je ne pense pas qu’il existe une seule manière d’être un bon parent sur Internet. Moi-même, je trouve parfois cette décision difficile.

Quand ma fille fait quelque chose de nouveau, quand elle porte une petite robe toute mimi, quand elle sourit d’une certaine manière ou qu’elle vient de vivre un joli moment, j’ai spontanément envie de le partager. Après tout, c’est aussi ça, les réseaux sociaux : montrer des petits morceaux de sa vie. Et depuis qu’elle est là, elle occupe forcément une immense place dans la mienne.

Mais justement. Cette vie-là est la sienne aussi.

Une identité numérique qu’elle n’a pas choisie

C’est probablement la raison qui me paraît la plus importante.

Aujourd’hui, ma fille est trop petite pour comprendre ce qu’est Instagram, une story, une photo publique ou une identité numérique. Elle ne peut évidemment pas me dire : « Maman, je veux bien que tu publies cette photo de moi. » Et pourtant, une photo publiée aujourd’hui peut potentiellement rester accessible, être enregistrée, repartagée ou ressortir des années plus tard.

La CNIL parle de « sharenting » pour désigner le fait, pour les parents, de publier des photos ou vidéos de leurs enfants sur Internet. En novembre 2025, elle a rappelé que ces publications ne sont pas anodines et peuvent notamment avoir des conséquences sur la vie privée, l’identité numérique et le droit à l’image des enfants.
Ce qui me fait réfléchir, ce n’est donc pas uniquement la photo en elle-même. C’est toute la trace numérique qui peut se construire autour d’un enfant sans qu’il ait jamais participé à cette décision. Je ne sais pas quelle adolescente elle sera. Je ne sais pas ce qu’elle pensera de son enfance, de son image ou des réseaux sociaux dans dix, quinze ou vingt ans.

Alors, tant que je peux lui laisser le choix, je préfère le faire.

bebe pixellise

Et puis Internet a changé

Il y a aussi une autre chose qui me pousse à être particulièrement prudente en 2026 : les images ne sont plus simplement des images.

Elles peuvent être copiées, détournées, sorties de leur contexte. Et il y a désormais l’intelligence artificielle.

C’est probablement le point qui me fait le plus réfléchir. Les outils capables de modifier ou de générer des images deviennent de plus en plus accessibles, et l’utilisation de l’IA est croissante pour fabriquer des images sexualisées de mineurs à partir de photographies existantes. Je ne dis évidemment pas qu’une photo de ma fille publiée sur Instagram va automatiquement finir quelque part entre les mains d’une personne mal intentionnée. Ce serait complètement disproportionné.
Mais je me demande simplement : si je peux éviter de créer cette possibilité, pourquoi ne pas le faire ?

C’est finalement une question de précaution plutôt que de peur.

Je ne la cache pas pour autant

Et c’est peut-être là qu’il y a une petite nuance importante. Je ne fais pas le choix de cacher ma fille au monde. Je fais simplement le choix de ne pas la montrer publiquement sur Internet.

Notre famille la voit. Nos amis la voient. Les personnes qui comptent pour nous reçoivent des photos, des vidéos et des nouvelles. Je partage énormément avec eux. Et finalement, je me dis que c’est peut-être exactement là que ces souvenirs doivent être. Je préfère envoyer une photo de son sourire à ma sœur, à mes parents ou à mes amis plutôt que de la publier devant plusieurs centaines de personnes dont je ne connais pas forcément la moitié.

Et soyons honnêtes, cela me permet aussi d’éviter une catégorie très particulière d’internautes : les fameux « voyeurs bitcheurs », ceux qui passent leur temps à regarder la vie des autres pour ensuite avoir un avis sur absolument tout, et souvent sans jamais rien partager de la leur.

Ma fille n’a pas besoin de ça. Moi non plus.

Je peux raconter mon expérience de maman sans raconter toute la vie de ma fille.

Et cette distinction me semble importante. Je peux aussi partager une petite main, un pied, une silhouette de dos, une photo prise de loin ou simplement raconter une anecdote. Cela permet de garder une trace de cette période et de partager une partie de mon bonheur sans donner accès à son visage et à son identité.

security

Peut-être qu’un jour, elle choisira elle-même

Je ne sais pas si cette règle sera définitive. Peut-être qu’un jour, lorsqu’elle sera suffisamment grande pour comprendre ce que signifie publier une photo sur Internet, elle me dira qu’elle aimerait apparaître sur mes réseaux. Et ce jour-là, nous en parlerons.

Son image lui appartient, ce n’est pas parce que je suis sa maman que tout ce qui la concerne m’appartient. Ce n’est pas parce que je suis fière d’elle que je dois nécessairement montrer son visage au monde entier. Et je crois que c’est aussi une manière de lui apprendre, dès maintenant, quelque chose que nous aurons tous besoin de maîtriser de plus en plus : ce que nous choisissons de partager, avec qui, et pourquoi.

Une décision personnelle, pas une leçon de parentalité, je sais que le sujet peut être sensible et que les pratiques sont très différentes d’une famille à l’autre.

Je ne pense pas que montrer le visage de son enfant sur Instagram fasse automatiquement de quelqu’un un mauvais parent. Pas plus que le fait de ne pas le montrer ne fait de moi une meilleure maman.

C’est simplement notre choix.

Le mien, celui de son papa, et pour l’instant celui que nous faisons pour elle. Parce que derrière cette décision, il n’y a finalement ni paranoïa ni volonté de donner des leçons. Il y a surtout beaucoup d’amour. Et peut-être un tout petit peu de prudence.

Je continuerai donc à partager ma vie de maman, mes découvertes et mes petits bonheurs ici. Mais son visage, lui, restera pour l’instant dans notre album photo, dans nos téléphones et surtout dans les yeux des personnes qui l’aiment.

Et finalement, je crois que c’est très bien comme ça.

Et vous, avez-vous choisi de montrer ou de préserver le visage de vos enfants sur les réseaux sociaux, et qu’est-ce qui a motivé votre décision ?

 

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